Kétoprofène, ibuprofène : des risques de complications infectieuses graves, alerte l’ANSM

Kétoprofène et ibuprofène pourraient aggraver les affections bénignes pour lesquelles ils sont utilisés, et favoriser ainsi des complications infectieuses graves, alerte l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), qui appelle à la « vigilance ».
A la suite de signalements de complications infectieuses graves sous AINS, l’ANSM avait décidé, en juin 2018, de confier la réalisation d’une enquête de pharmacovigilance aux centres régionaux de pharmacovigilance de Tours et Marseille, en se focalisant sur les deux AINS les plus utilisés en cas de fièvre et de douleurs : le kétoprofène et l’ibuprofène. Seuls les cas les plus graves survenus chez des enfants et des adultes (souvent jeunes) sans facteur de risque particulier ont été retenus dans cette enquête. Selon ses résultats, « en 18 ans, de 2000 à 2018, 337 cas de complications infectieuses dont 32 décès ont été répertoriés pour l’ibuprofène et 46 cas dont dix décès avec le kétoprofène », a détaillé à l’AFP le Dr Philippe Vella, directeur des médicaments antalgiques à l’ANSM.

Il s’agit d’infections cutanées sévères et des tissus mous (dermohypodermites, fasciites nécrosantes,…), de sepsis, d’infections pleuro-pulmonaires (pneumonies compliquées d’abcès, de pleurésie), d’infections neurologiques (empyèmes, abcès cérébraux,…) ou ORL compliquées (cellulites, médiastinites,…), à l’origine d’hospitalisations, de séquelles voire de décès. Le streptocoque et le pneumocoque sont généralement en cause.

Les infections ont été observées après de « très courtes durées de traitement (2 à 3 jours) », y compris lorsqu’il était associé à une antibiothérapie, précise l’ANSM. Elles sont survenues alors que l’ibuprofène ou le kétoprofène étaient prescrits ou pris en automédication, pour des motifs variés : fièvre, atteintes cutanées bénignes d’aspect inflammatoire (réaction locale, piqure d’insecte…), manifestations respiratoires (toux, infection pulmonaire…) ou ORL (difficulté à avaler, angine, otite…).

« Les conclusions de cette enquête suggèrent le rôle aggravant de ces AINS en cas d’infection », en particulier de celles dues au streptocoque, note l’ANSM.

Par ailleurs, l’enquête montre que l’utilisation d’AINS persiste en cas de varicelle alors qu’ils doivent être évités, en raison du…

risque de complications cutanées bactériennes graves (fasciite nécrosante).

L’ANSM conseille de privilégier le paracétamol en cas de douleur et/ou de fièvre, notamment lors d’infections courantes (angine, rhinopharyngite, otite, toux, infection pulmonaire, lésion cutanée ou varicelle…). Les anti-inflammatoires doivent être utilisés « à la dose minimale efficace, pendant la durée la plus courte », c’est-à-dire « pas plus de 3 jours en cas de fièvre et de 5 jours en cas de douleur », et « ne pas prescrire 2 AINS en même temps », rappelle l’ANSM.

L’agence a partagé ces résultats avec ses homologues européens afin qu’une analyse collective soit engagée.

Sources :
ANSM, 18 avril 2019. Avec AFP.

2019-04-20T13:24:33+02:00